Politique et culture, notes sur le paradis promis sur terre

Palmira Telésforo Cruz

Palmira Telésforo Cruz, “Politique et culture : notes sur le paradis promis sur terre”, dans K. Lamko, A. Niang, N.S. Sylla, L. Zevounou (dir.), De Brazzaville À Montpellier. Regards critiques sur le néocolonialisme français. Collectif pour le Renouveau Africain – CORA Éditions, Dakar, 2021, pp.34-49. Lien URL : https://corafrika.org/chapitres/politique-et-culture-notes-sur-le-paradis-promis-sur-terre/

Souvenons-nous de Paris en novembre 1973… Le premier sommet franco-africain prenait date et lieu pour rectifier les pactes dans le sens de la continuité du contrôle colonial. Dès lors, de temps à autre, un nouveau sommet réunit des intérêts représentés de manière plus ou moins absurde, par des personnes déguisées en chefs d’État. Le lieu du rendez-vous et le format changent au gré de l’actualité, juste pour renouveler le décor colonial, mais surtout en fonction des besoins contingents du développement français et européen, et la « toilette du visage » correspondant à une tranche morale de l’histoire : développement, démocratie, droits de l’homme, identités, toutes entrées choisies comme variation thématique de la drôle de fête foraine.

Aujourd’hui, près de cinquante ans plus tard, le monde est tout aussi différent qu’il est resté le même. Nous n’avons pu en rien nous débarrasser de la « tutelle » française ; la France n’a en rien su construire son destin de ses efforts propres, et le capitalisme tel un boa constrictor serre ses anneaux chaque fois, un peu plus, sur sa proie. Pour paraphraser Eduardo Galeano, la crise économique de l’Atlantique Nord pousse un nord vorace et affamé à dévorer la vie des gens du sud pour pouvoir continuer à « déféquer » de l’or, des euros, des dollars, de l’argent, du capital.

C’est en effet aussi dans ce contexte où se mêlent à souhait rhétoriques diverses et récits de l’espoir que surgit l’idée, la promesse du paradis sur terre : un chercheur universitaire est invité par le Président français, Emmanuel Macron à poser la première pierre d’une nouvelle relation entre l’Afrique et la France. Le missionnaire rassemble ses condisciples et clame haut et fort qu’il faut prendre des risques, tels que ceux assumés par Mandela, qui avait accepté de dialoguer avec la minorité blanche inventrice de l’apartheid, et qu’ainsi, en déminant soupçons et accusations de maltraitance, l’on pourra réécrire l’histoire en donnant vie à de nouvelles propositions pour un meilleur avenir. Si Macron nous demande quelque chose, pourquoi donc le lui refuserait-on ?

À l’en croire, ce vingt-neuvième sommet France-Afrique, celui de Montpellier, sera le sommet de la dernière chance, le sommet de « l’ici et maintenant », le premier où les visages usés et boursoufflés des chefs d’État africains ne seront pas témoins de l’agenda ; néanmoins un sommet qui sera le lieu d’affirmation de l’intrépide modernité dont fait preuve la jeune génération d’intellectuels, d’agents culturels et activistes qui légitimera et d’un commun accord avec Macron, les nouveaux pactes politiques, économiques et sociaux. Le prix à payer pour cette nouvelle rencontre ? Juste, un peu d’espérance, une rêverie et l’on pourra faire briller l’arc-en-ciel pour tous, la paix sur la terre, la lumière dans nos cœurs, mille ans de paix.

D’aucuns parleraient d’angélisme. Jusqu’à présent, en dehors des gages de bonne volonté, l’on ignore tout de ce qui se trame et qui pourrait nous mener vers de nouvelles relations. Ce dont on peut être sûr c’est la permanence d’un type de relation colonial, le même depuis toujours et qui se profile sous les mêmes schémas de dépendance et d’exploitation.L’expert met sur la table son capital symbolique pour se constituer lui-même en otage du système. Bien futé qui l’en sauverait ! Peut-être, au mieux, pourrait-on essayer de le deviner, de comprendre ce qu’il représente lui-même et son leadership dans cet espace biographique où la pandémie et la crise économique ne dessinent que des scénarios sombres pour les périphéries. Et il faut souligner que parfois les prétendues bonnes intentions que l’on diffuse sont la part émergée d’une haute trahison que l’on s’applique à soi-même et que l’on demande à la communauté et à l’histoire d’endosser.

Je chevauche des rêves inutiles et brisés Prisonnier illusoire de cette jungle quotidienne Et comme une feuille sèche, errant dans le vent Vol imaginaire sur des histoires de béton1

La pandémie de la covid 19 bouleverse le monde qu’il convulse en cercles synchrones. Et ce n’est une surprise pour personne. Elle ne présage nullement d’une révolution sociale qu’elle provoquerait mais génère tout juste une crise spasmodique, avec un nécessaire ajustement dans les organisations sociales nationales. Apparemment, l’on pourrait croire que chaque État-nation a dû prendre ses propres décisions, chaotiques et, désespérées dans certains cas. Cependant, il n’en est rien. Il n’y a peut-être pas eu de regroupement et d’entente concertée pour un système complet de sauvetage généralisé, de conciliabules secrets, l’on ne peut se garder de deviner l’omniprésence d’un maître d’orchestre qui change ses mouvements en s’adaptant au rythme de la crise pour continuer à diriger le concert du monde et du capital. Le résultat est visible : il n’y a pas eu de rupture économique ;sauf une plus grande concentration de la richesse et de l’accès aux ressources. Et le maître d’orchestre redirige «sagement» les coûts de la crise sur les populations les plus pauvres ; les morts et les pertes économiques se retrouvent dans les économies les plus précaires en cercles concentriques, des centres vers les périphéries : globales, nationales, régionales, communales.

Si l’on pouvait émettre des doutes sur le but du manège, il suffirait de s’arrêter sur deux citations jetées dans l’arène de la discussion, pour être dévorées par les lions du colisée, visions forcément opposées, les deux idylliques, celle de Slavoj Žižek et celle de Byung-Chul Han :

« L’épidémie sera un coup, «ainsi» mortel, contre le système capitaliste mondial. Un autre virus idéologique, et beaucoup plus bénéfique, se propagera et, espérons-­le, nous infectera : le virus de penser à une société alternative, une société au-delà de l’État-nation, une société qui s’actualise elle-même dans les formes de solidarité et de coopération globale2. »

« Le virus ne vaincra pas le capitalisme. La révolution virale n’arrivera pas. Aucun virus n’est capable de faire la révolution. Le virus nous isole et nous individualise. Il ne génère aucun sentiment collectif fort. La solidarité qui consiste à garder des distances mutuelles n’est pas une solidarité qui permet de rêver d’une société différente, plus pacifique, plus juste. On ne peut pas laisser la révolution entre les mains du virus3. »

Et le monde, pendant qu’il essayait de se représenter à travers des calculs épidémiques, lorsqu’il voulait participer au débat, s’accrochait à l’un ou l’autre des pôles. Les dirigeants politiques, eux, profitaient alternativement de l’une et de l’autre position. La production intellectuelle, quant à elle était mise au service des décisions de gouvernement. Ces derniers mois, il était devenu évident que la discussion initiale était stérile, que le glas du capitalisme n’avait pas encore sonné, qu’il n’y avait pas non plus de rupture sociale. Le « rôle des intellectuels » a suivi son cours ; peut-être remis en questionnement davantage que jamais il ne l’avait été. Parce qu’il n’y a pas eu, la force interprétative et prédictive, presque divinatoire que l’on attendait de l’ensemble de nos hommes et femmes les plus brillants et cultivés.

L’un de ces premiers efforts philosophiques, au demeurant très contesté a été Soupe de Wuhan4, qui soulignait de manière précoce, la nécessité de nous penser face au futur qui se révélerait chaotique comme pourrait l’être l’Athènes de la peste racontée par Thucydide. La critique ne s’était pas fait attendre : le titre a été, incriminé, frappé du sceau du délit de discrimination et le fait de l’avoir suggéré, interprété comme la volonté saprophyte de lucre sur les malheurs des autres. Le « rôle de l’intellectuel » a été mis en question, interrogé avec plus de véhémence que celui du « politicien » qu’il a assumé comme droit presque individuel dans le cadre de la prise de décisions sur les stratégies nationales contre la pandémie. Il était nécessaire de redoubler de curiosité pour comprendre les liens entre pouvoir et intelligibilité, reconnaître le rôle de l’intellectuel pendant la crise, se demander s’il y en avait un, et alors l’insérer dans la dynamique de la pandémie, extrêmement mobile et insaisissable, cependant nullement indéfinissable. Deux ans plus tard presque, il convient de souligner cette évidence : l’évolution technologique, les progrès scientifiques et un ordre mondial synchrone inconnu ont jeté les bases du contrôle social, même si l’éradication du virus n’a jamais été un objectif mondial. Il n’y a pas eu de crise à Athènes. Le système capitaliste ne s’est pas effondré, les chaînes de production ne se sont pas arrêtées et en plein milieu des envolées des pics épidémiologiques. Il y a eu de multiples déplacements de politiques du nord voyageant vers les sud pour nouer des accords géopolitiques et commerciaux et affronter la future crise économique générée par les dépenses publiques imprévues dans leurs pays.

Ici encore, nulle surprise : les nombreux voyages des émissaires français en Afrique venaient à propos pour accroître l’influence de la France sur un continent qui se fourvoie constamment dans ses velléités d’indépendance qu’annihile l’irruption constante de la puissance qui veut « aider ».

C’est un secret de Monsieur Guignol, d’autant plus que l’intention en a toujours été explicite, la volonté de Macron depuis son accession au pouvoir comme Président de la république française a été, dès son entrée en fonction, d’« aider » l’Afrique et en même temps de contrer l’expansion économique des États-Unis, de la Chine et de la Russie, de la Turquie dans la région : en d’autres termes, ce que l’on a appelé la Doctrine Macron en homologation avec la Doctrine Monroe : « L’Amérique pour les Américains », L’Afrique pour les… la Françafrique ? Pour le G7 ?

La pandémie a ouvert la boîte de Pandore des prêts illimités pour les intrants, les vaccins, les plans et les projets de prévention, de traitement et de subsistance. Et Macron s’est rendu dans différents pays du continent, se réconciliant avec les uns, offrant de l’aide, demandant à moitié pardon aux autres, réinventant la coopération internationale, embrassant des bébés, embrassant des personnes âgées, disant « mon frère » à des dictateurs, promettant de soutenir de nouveaux gouvernements putschistes, mettant en garde contre le terrorisme tout en traçant voies et stratégies pour le contrôler et ainsi l’impulser, avec le regard tourné vers l’Afrique, un nouveau paradigme sur un renversement du Consensus de Paris, lequel, selon lui, se construit en opposition au Consensus de Washington. Évidemment, ce dernier-ci devait être soupçonné de promouvoir le libre marché et la déshumanisation. Le nouveau discours ne pouvait que séduire : il s’agit de réintroduire de la valeur dans la vie humaine, faire de la dignité le centre de toute forme de vie, promouvoir la lutte contre les pouvoirs périphériques ou hégémoniques néo-totalitaires, la lutte contre les inégalités sociales et économiques, la lutte contre le changement climatique, la remise en cause de l’éthique de la vie sociale technologique et la réponse aux crises démographiques. A priori, au niveau programmatique et de la rhétorique, l’on pourrait acclamer ce qui se profilerait comme une proposition intelligente pro africaine. Le problème c’est que Macron plante dans le même décor et l’affirme, l’Europe et la France comme axes et lieux de la transformation et de la mise en œuvre de ce nouveau pacte multilatéral.

Le risque est grave, lové entre répéter ou continuer l’histoire avec les mêmes erreurs hégémoniques de toujours. La marge, elle, est quasi nulle et le stratagème, l’on peut le comprendre aisément, se cache alors dans un changement au niveau de l’emballage… à dorer. Cette fois-ci, le non-choix s’est traduit par le leurre de la domination en coquillée-dorée. L’insistance de Macron quant à assumer les narratifs bien à propos et adéquats autorise à ne pas douter de l’histoire qui doit être occultée et qui se trame dans le clair-obscur des scénarios de la cooptation des intellectuels africains de la diaspora.

Bien sûr que la production intellectuelle qu’exige ce type de processus c’est la déconstruction du sentiment anti-français, la dilution des théories anti-impérialistes et anticoloniales, pour les remplacer par de nouvelles formes de narration, de récits qui ne laissent ni doute, ni lieu aux suspicions et aux critiques contre l’Europe. Alors le consensus pour construire un nouveau regard sur les relations entre le continent et la France, devra compter et de manière urgente et définitive avec les intellectuels africains comme nouveau partenaires.

Je navigue dans la mer des choses exactes 

Très enfoncé dans des moments de sémantique usés

Et comme si c’était un nuage, sculpté au-dessus du ciel 

Dessin insatisfait, mes empreintes sur l’hiver

Nous nous savons pauvres et exploités. Et nous reconnaissons qu’il n’y a aucune voie historique qui nous permette de changer cette situation à court terme. Nous avons perdu notre naïveté, mais pas notre espoir. Et cela nous laisse, comme toujours, d’une certaine manière, sans défense et vulnérables aux offres de paix, de vérité, de mémoire, de justice, de réconciliation. Comme si l’on nous offrait le paradis sur terre. Et l’utopie réalisable qu’hier Lumumba et Sankara proposaient, accessible par nos mains, cerveaux, cœurs, désirs de justice et de liberté, s’est mué en une opportunité de signer des conventions, traités et missions que l’on accueille avec clameurs et applaudissements et qui disent : « qu’avec un nouveau format, de nouveaux acteurs, et de nouveaux thèmes pour relever les nouveaux défis, l’on pourrait s’acheminer vers de nouvelles perspectives ».

Heureusement que la pandémie nous a redéfini la valeur des faits et les dangers des « récits ». Les visions sociales sans doute un peu trop recentrées sur nous-mêmes nous ont amenés à questionner ce monde qui se construit à partir d’axes exclusivement culturels tout en s’éloignant des faits. Ainsi, a-t-on pu interroger le leadership des intellectuels un peu trop engagés dans des horizons politiques et qui, en cette période de crise, ont laissé affleurer leurs préjugés, leurs affiliations et leurs phobies pour justifier ce qu’ils aiment ou pour exhiber ce qu’ils haïssent. Le débat objectif, la discussion n’a vraiment pas eu lieu ou sinon n’a pas été à même d’évaluer la réalité de ses propositions, sans doute semblerait-il que tout le monde ait été trop occupé à regarder autour de son nombril.

Suivre les récits et fermer les yeux sur la réalité, c’est un risque que nous avons déjà souvent couru et que nous avons payé cher. Ce sont par exemple les guerres d’extermination, où nous nous sommes comportés comme si nous n’étions pas capables d’évaluer les risques parfois trop évidents de couvrir avec des mots «appropriés» les processus de domination qui comprennent le droit d’utiliser, de mal-utiliser ou de décider de la vie des autres. Quoi qu’il en soit, la question des « nouveaux récits » soulève une fois de plus l’importance du « rôle des intellectuels » dans la société. Déjà, avant la pandémie, cette société voulait savoir si les contextes globaux prenaient en compte leur élite intellectuelle. Le cas des scientifiques pourrait nous éclairer un peu plus, car seuls quelques-uns ont été pris en considération au moment de la prise de décision face à la sphère de productivité et du profit.

Avec ou sans pandémie, si les scientifiques ne paient pas tribut à la production de la plus-value, leurs voix sont difficilement entendues. De même, avec ou sans pandémie, si les intellectuels ne paient pas tribut à la production ou à la protection de la plus-value, leurs paroles sont imperceptibles. Comme on le voit dans la métaphore de « The matrix », les perturbations contrôlées des voix critiques contribuent également à la stabilité du système, soit pour identifier les dissidents, soit pour canaliser les impasses cathartiques et prévenir d’une révolution. Il n’y a rien de mieux pour un processus de légitimation que de coopter les intellectuels critiques. L’ambiguïté entre leur proximité avec le pouvoir, ainsi que leurs confrontations antérieures, produit nécessairement un effet libérateur instantané : le pouvoir a changé ou bien peut-être n’était-il pas si mauvais après tout.

Pendant ce temps, à l’académie, l’on assume les chiquenaudes et les crêpes-chignons et l’on choisit l’entre-soi pour discuter plutôt que le débat critique avec le pouvoir sur sa gestion de la crise. Et les récits débouchent sur des discussions aussi stériles car tout ce qui est dit doit se faire sous un format académique, par « convention, propreté, netteté, pureté » et par l’attribution des notes à la présentation, références, normes APA, curriculum vitæ, plutôt qu’à la valeur de l’innovation argumentative. Ou la discussion absurde qui fonde la vérité sur l’identité narrative validée des énonciateurs et stipule par exemple que la décolonialité, postcolonialité ou anticolonialité ne doit pas être écrite dans les universités, ni sous format APA, ni par des non-noirs ou non-indigènes, ni en dehors du tiers-monde, ni devrait être « payée ».

Nous devrions d’abord nous demander, encore une fois, qui sont les intellectuels pour définir qui nous pourrions écouter. Pour Gramsci5, les intellectuels organiques étaient les penseurs, les experts et les administrateurs qui conçoivent et organisent les politiques publiques de l’État et contribuent à leur légitimation auprès de la société civile.Ce qui est valable aujourd’hui pour l’État bourgeois, peu importe s’il se présente comme une force de droite, de centre ou de gauche, car la structure sociale nationale et globale ne laisse aucune marge d’action à personne ; elle ne se déplacera ni trop à droite ni trop à gauche.

Et de cette critique-là de l’intellectuel organique gramscien, nous nous trouvons maintenant face à celle de l’expert au service du néolibéralisme dans la doctrine décoloniale, domaine à partir duquel on questionne la raison éclairée comme instrument de l’Occident pour la domination de la production de la pensée, l’imposition des darwinismes sociaux, des anthropométries coloniales, langues et cultures uniques et officielles et l’université comme lieu de construction des asymétries de pouvoir. Que dire donc ? Il est impossible d’oublier la doctrine kantienne sur la race ou le silence qu’ont gardé sur l’esclavage Michelet, Mathiez, Lefebvre, Soboul ; peut-être pourrions-nous considérer comme un « déjà-vu » très à jour, la demande fervente de Montesquieu, Voltaire, Condorcet et Diderot pour humaniser le système colonial, mais ces « illustres » penseurs et politiques, condamnés pour leurs préjugés raciaux ou leurs liens avec des mécènes esclavagistes, ne se déclarèrent pas en faveur de l’abolition de l’esclavage6; Robespierre, Page et Bruley étaient ouvertement pro-esclavagistes7.

On juge l’arbre à ses fruits. L’intellectuel continue de perdre du terrain, le savoir-faire intellectuel demeure en crise. Des intellectuels ont généré les politiques publiques et même la technique, et légitimé des génocides au monde. Des intellectuels ont été au centre du cancelling8 pour des attitudes immorales contre les groupes vulnérables : Neruda pour viol, Rimbaud pour trafic d’armes, Deleuze, Louis Aragon, Barthes, Foucault, Salinger, Sartre, Simone de Beauvoir pour pédophilie.

L’idée que l’intellectuel sait très bien et sait tout, qu’il est irréprochable, autonome face au pouvoir politique et économique, idée plutôt rattachée aux traditions de gauche et à la tradition illuministe, scientifique, rationnelle, humaniste, est davantage une forme d’idolâtrie que manifestation de la réalité. C’est pourquoi il est important de décapiter les statues d’ivoire et de détruire la tour de la connaissance boréale. La pensée critique, l’évidence et la communication objective sont les seuls outils pour construire un avenir commun. Il n’y aura ni paix, ni mémoire, ni réconciliation sans vérité et sans justice, et les intellectuels le savent certainement mieux que quiconque. La différence entre les uns et les autres réside alors dans la capacité à générer les solutions qu’ils offrent à leurs peuples, la capacité à penser pour résoudre, penser pour interroger le pouvoir de l’état et le système.

Chemin automatique, sur un tapis de statues En mâchant dans mon esprit les vérités les plus connues Et comme un loup sauvage, qui a perdu son chemin

J’ai rempli mes poches de débris du destin

Le régime, bien sûr, revendique les bons intellectuels. Pour être un « bon intellectuel » ou un « intellectuel bon », il faut trouver le moyen de se rendre précieux vis-à-vis du système capitaliste, soit en le justifiant, soit en contribuant à la stabilité de sa structure, en délégitimant les luttes sociales, en obscurcissant et en remettant en question les formes les plus efficaces de révolutions actives de la pensée ou de l’action politique.

C’est généralement une décision de compromis, l’intellectuel décide d’avec quoi se remplir les poches : l’argent et la reconnaissance du système ou les miettes et débris de celui-ci. La discussion est si vieille, qu’il ne faut pas s’étonner qu’elle soit à la base de la démocratie chrétienne qui a pénétré non seulement les mouvements politiques de gauche, mais aussi les courants intellectuels et l’institution de la social-démocratie. La différence réside dans le résultat immédiat et les moyens : schématiquement, d’un côté l’on propose la destruction du système, de l’autre côté, le dialogue pour la construction apparente et perverse conjointe de nouveaux scénarios qui paraissent plus humains, déguisés par leur caractère socialement plus juste. Il ne faut pas s’étonner qu’après plus d’un siècle, les encycliques Rerum Novarum (Léon XIII, 1891)9 et Quadragesimo Anno (Pie XI, 1931)10 continuent à définir ces deux tendances :celle considérée comme la mauvaise voie de la rébellion des opprimés pour la prise du pouvoir et la récupération de leurs droits, et celle estimée comme bonne voie, libérale, démocratique, moderne, primordiale en Europe : la condamnation des excès du capitalisme, mais aussi la condamnation de la lutte des classes. L’ordre imposé par le système n’est pas condamné, mais l’on peut arguer que l’on progresse sur les sentiers de justice sociale à travers le dialogue, la coexistence pacifique, les dons de ceux qui possèdent le plus aux misérables du monde11.

Telle est la base de la social-démocratie et de ses produits intellectuels, parmi lesquels une gauche complaisante envers elle-même et ses plaisirs capitalistes, dialogueuse, électoraliste et qui a abandonné ses engagements envers la laïcité, la science et l’illustration. Et un anticolonialisme qui peut s’égosiller sur les nouveaux pactes d’aide au développement pour un avenir commun et la lutte contre les inégalités. Ces choses « jolies jolies », bien rondement sculptées, sont le changement de récit qui dessine et peint le paradis sur terre, ce lieu du progrès où il n’est pas nécessaire de défier le pouvoir parce que le pouvoir serait justement équitable, les riches s’occuperaient du bien-être des pauvres et il ne sera pas nécessaire ni de renverser les ordres sociaux ni d’aborder la question de la propriété ; le bien-être conduira à la restitution des coutumes, des masques et objets culturels et donc à la paix sociale. L’on devra « encourager, stimuler, réprimander et prier non tant la raison que le cœur et la volonté ». Il n’est pas surprenant que dans de nombreuses circonstances, la notion de classe ait été remplacée par celle d’identité.

Le chemin tracé, l’intellectuel n’a d’autre choix que de le suivre. Académiques et intellectuels, sauf exceptions, dans les premières décennies de ce siècle, sont ceux qui tendent à nier la validité des révolutions actives et à survaloriser les messes au dialogue, aux accords, à la prévention des conflits, à la réduction des inégalités, à la valorisation de la spiritualité de la religion et la validation des sentiments par opposition aux faits et à leur argumentation : «senti penser» en opposition à rationaliser.

Il est difficile à l’intellectuel d’aujourd’hui, d’être apocalyptique et d’appeler à l’action directe. On lui dira qu’il est un vieux prophète ou un prêtre, gardien du temple du vieux siècle parce que les luttes politiques d’aujourd’hui devront aussi être très humaines, aseptiques, personnalisées et personnelles autant que le fait de devenir végétalien, d’accepter que les femmes portent la burqa, de faire don des pièces jaunes après les achats compulsifs au supermarché pour une cause sociale, sauver des animaux errants, éviter les popotes, appeler à un aggiornamento intellectuel, affirmer qu’il existe une nouvelle réalité et, participer au dialogue de Montpellier.

Alors, peut-être, que la philosophie devra être si inutile qu’on pourra lui substituer un politicien sympathique, beau, élevé aux nues par les médias, et les seuls intellectuels nécessaires devront être ceux qui sont prêts à peindre un arc-en-ciel sur les réalités capitalistes qu’on n’a cessé d’imposer, au tiers-monde aujourd’hui rebaptisé nations périphériques, avec la même violence qu’il y a un siècle (quand Léon XIII et Pie XI écrivaient déjà leurs encycliques). En réalité, ce qui a changé, c’est l’intellectuel, qui répète maintenant les mots de la doctrine Macron pour justifier sa propre mue, et qui construit un programme de problèmes communs ? Qui, selon lui, sont si peu racontées qu’elles doivent l’être enfin pour devenir évidentes. Belle morale : « Emmanuel Macron : “Entre la France et l’Afrique, ce doit être une histoire d’amour12.” »

Tu sais bien que je conduis sans pitié, mon vaisseau cybernétique

Dans ce labyrinthe, des planètes mortes Et comme si c’était la mousse d’une pub pour la bière Une marque m’a déjà vendu la forme de ma tête

Un consensus pragmatique, plutôt qu’une discussion intellectuelle, évidence tirée de manière inductive à travers les périodisations historiques aléatoires, c’est que le chemin pour exister dans les ordres économiques de n’importe quelle société, ce n’est pas la voie pacifique. Et ce n’est pas incongru d’affirmer que même les voies pacifiques exaltées tels que le modèle Mandela, le modèle Gandhi, ou la dernière phase pacifiste de Martin Luther King, montrent que ce n’est pas la vie et le leadership d’un seul homme qui ont fait plier le système. Derrière ces hommes emblématiques et apparemment « solitaires » se cachaient des foules qui décidaient de reporter leur assaut sur le pouvoir en fonction de la négociation que le solitaire menait au nom de tous. Dans ces cas, le « système » offre alors des garanties pour que les masses ne s’emparent pas du ciel et de la justice par les dix doigts de leur propre main, et donc cèdent dans de petites affaires parfois plus symboliques qu’efficaces : changer le nom d’une rue, légaliser une « indépendance de chocolat », déboulonner une statue pour la cacher, marquer la fin de l’apartheid, augmenter le salaire minimum, déguiser ses représentants en ouvriers, paysans ou indigènes, organiser des ateliers sur le genre ou les droits de l’homme, organiser des foires du livre ou de la culture, intégrer des minorités aux quotas du pouvoir. Mais, lui, système, ne change pas. Au contraire, il affine ses stratégies et ses objectifs.

Et tandis que la social-démocratie insiste sur le dialogue, nous savons et sommes convaincus que seule la coercition sociale sur les indicateurs économiques peut faire changer le jeu. Ida Wells Barnett analysait le succès de certaines actions du mouvement pour les droits civiques dans ce sens : ce n’est que lorsque des pertes d’argent sont en jeu que le système sera intéressé à offrir des solutions13. Si ce qui est en jeu sont la vie ou le bien-être, le système passera sans sourciller et mettra en marche sa machine répressive et en branle ses stratégies répressives les plus violentes. En Afrique, nous savons que le colonialisme n’a jamais eu un moment de honte et qu’il ne l’aura jamais, même s’il le prétend ou le feint. Nous savons aussi que chaque fois que l’on a essayé d’invoquer et de proposer la nécessité d’un partenariat digne, équitable, nous l’avons payé par un torrent de sang.

Pour l’analyse des voies de la souveraineté et du changement social, il devrait être profondément significatif pour les intellectuels périphériques de reconnaître que ce n’est pas le dialogue, mais les actions directes comme formes de lutte proscrite, qui sont la seule voie pour l’exigence de changement, à l’instar des mouvements en Europe tels que le M15 espagnol, les mouvements féministes, écologistes, anti-austérité, mondiophobes. Parce que, comme le souligne Wieworka, il n’existe pas de capacité de dialogue politique viable pour répondre aux demandes des personnes marginalisées14. Depuis les révoltes de 1995 contre le plan Juppé, les forces collectives en France n’ont cessé de se mobiliser de manière non pacifique, cependant bien organisée contre le néolibéralisme, en ce début de siècle, cela peu avant l’émergence de la covid19. Mais encore et dans l’urgence, cette périphérie française, appelée France invisible définit ainsi son environnement : « nous vivons dans un système d’accumulation démente et d’exclusion radicale où l’on prétend que quelques-uns paieront les conditions de vie de la modernité15. »

Peut-être les intellectuels africains du « nouvel horizon pour un même monde partagé » pourraient-ils expliquer en quoi nos circonstances sont-elles différentes de celles de la France invisible. À moins qu’ils soient incapables de voir notre propre Afrique invisible ! En ce qui concerne la métropole, il n’existe pas de voie institutionnelle pour résoudre les griefs, et les conditions de l’impact colonial ne changent que de stratagèmes depuis plus d’un siècle. La France n’a pas abandonné ses modèles coloniaux et impérialistes, le contrôle de la monnaie, sa présence militaire dans la région, le financement de régimes totalitaires, le déséquilibre de la balance commerciale, la présence monopolistique d’industries énergétiques et autres comme Orange, Total, Areva, ou Bolloré, ses ingérences dans la gestion des territoires et les systèmes juridiques. La nécessité d’entériner ses pactes géopolitiques est réelle, et effectivement elle doit aborder un nouveau pacte social si elle veut étendre son influence : le Sommet de Montpellier se propose comme un espace de création de nouvelles formes d’échanges, la création d’un programme collectif de travail entre « jeunes intellectuels » qui doivent signaler les défaillances du système pour que le colon découvre en quoi il s’est trompé. Le paradoxe c’est que si la colonisation est programmatique, il n’est pas nécessaire de signaler des erreurs qui comme le diable se cacheraient dans le détail, car elles ne sont pas telles qu’on les désigne. Chaque grief, chaque blessure dont nous saignons est un acte qui génère l’augmentation des profits pour le nord global et spécifiquement pour la France.

Macron a raison sur un point : il est vrai que le pacte colonial16 avec lequel de Gaulle a institutionnalisé le contrôle de l’Afrique par le biais de la Françafrique est devenu obsolète. À l’époque du manège et du tour de passe-passe, la Chine, la Russie et les USA n’étaient pas encore les concurrents qu’ils sont devenus aujourd’hui. Les populations africaines n’étaient pas si nombreuses, les caciques et les capitalistes locaux n’étaient pas aussi autonomes et exigeants quant aux grosses parts du gâteau, le capitalisme n’avait pas muté vers ses nouvelles formes technologistes et nous n’avions pas, suspendue au-dessus de nous, l’épée d’une pandémie. Mais le fait que le pacte soit caduc ne signifie pas que l’on soit dupe pour ne pas se rendre compte que l’Europe a vécu de vols et rapines, et qu’encore moins elle tirerait de l’histoire, les leçons d’une éthique du renoncement.

Au contraire, la crise de l’OTAN et la crise pandémique exhortent les gouvernements à renforcer leurs liens coloniaux à faible coût : d’une part, en « finançant » leurs colonies pour créer des conditions d’agio et de l’autre en générant des idéologies revendicatives pour réduire les risques de soulèvement ou de résistance. Et la meilleure façon d’organiser l’entourloupe, c’est de feindre le consensus, comme le souligne Gustau Nerín17 sur le modèle de travail des ONG européens en Afrique : on fait semblant de faire participer les uns et les autres aux décisions pour ensuite se disculper et partager les responsabilités. Le consensus retarde la protestation, parce qu’il nous fait croire que nous faisons partie du problème créé, que nous avons accepté ses conditions. Il ne suffira pas forcément d’excuser les colons en prétendant qu’ils ne sauraient pas ce qu’ils faisaient et font. Par conséquent, il n’est pas nécessaire de collecter un agenda de revendications et d’incohérences pour les leur faire comprendre. Une révision du pacte colonial suffirait à mettre à jour la liste des griefs.

Dans le meilleur des cas, si la France veut proposer de nouvelles relations avec l’Afrique, elle ne pourrait le faire qu’en renonçant définitivement au franc CFA et à la CEDEAO, à l’exigence du paiement de la dette coloniale, au contrôle des fonds monétaires africains déposé dans sa banque centrale pour le contrôle de sa propre stabilité paritaire et ses liquidités. Si elle ne renonce pas au droit de veto sur l’achat de matières premières africaines, l’appel d’offres de travaux publics, d’extraction et de production d’énergie (Areva, Total, Orange, Bolloré…) ; si elle ne renonce pas à sa présence militaire et à son droit d’intervention militaire ; si elle ne renonce pas à la domination culturelle par la langue, l’art, l’éducation…

Alors le Sommet de Montpellier est la pointe émergée de l’iceberg d’un nouveau montage idéologique colonialiste, une toilette du visage pour une nouvelle attaque, colonial washing, nous pourrions dire. Et les intellectuels africains qui convoquent et participent à ce Sommet et qui investissent leur capital politique et symbolique18 dans cela, devraient se rappeler que construire la confiance prend toute une vie ; la détruire, une minute, un sommet en France.

Je n’ai pas le temps de changer ma vie La machine a fait de moi une ombre floue

Et même si je suis le même écrou qui a nié tes yeux Je sais que j’ai encore le temps d’accoster dans un port.

Si le vaste panorama colonial est si transparent qu’il mobilise chaque jour dans tous les pays d’innombrables protestations, si la pandémie ne nous a pas libérés du capitalisme et si les structures coloniales deviennent de plus en plus spécialisées, complexes et globales, alors resurgit la question stupide sur l’importance des intellectuels, en ce temps où les formes d’analyse critique qui pourraient révolutionner les institutions sont remplacées par des versions édulcorées qui servent de nouvelles bases à un capitalisme qui se vend et « s’auto publicise » comme vaincu et sans ressources juste pour se renouveler à coups de slogans et autres Great reset.

Aujourd’hui, les intellectuels ont acquis de l’expertise et sont plus pointus que jamais. Leur production trouve appui sur des espaces alternatifs qui permettent de conserver le prestige et l’autonomie sans avoir à mourir de faim. Les options de l’exercice de leur profession peuvent se permettre d’être mieux qu’une typologie sociologique ou une proposition phénoménologique, une décision simplement personnelle qui fusionne avec le kairós académique et le contexte historique.

Si pour Burke la mission est que l’éthique et le service de la compréhension doivent être une mission où l’intellectuel doit appliquer son temps et son ingéniosité avec dévotion19, et si Sartre20 prétend que l’intellectuel est un compromis politique, Foucault21 « immacule » l’expertise en l’arrachant à l’engagement néanmoins en le remettant à la fonction critique et que pour Bauman22 l’intellectuel est un interprète d’une société multiple, individualisée, complexe qui pourrait difficilement s’appréhender, peut-être devrions-nous alors demander aux nôtres des choses juste petites et simples : juste un peu d’honnêteté humaine et de pensée critique, juste un peu moins d’ego et un peu plus de « communalité ».

Nous sommes dans des temps extrêmement mobiles et les sociétés communiquent sur la traçabilité, l’authenticité originelle de la production et des produits même ceux intellectuels. Nous savons détecter et avec preuve de textes à l’appui, les plagiaires, les photocopieurs, les interprétateurs de textes d’autres penseurs, ceux qui ont signé sans vergogne « des papiers » qu’ils n’ont pas écrits ou que d’autres brillants penseurs leur ont recomposés. Nous savons également combien ont cédé aux sirènes et canons égocentriques de l’argent et du prestige ; nous ne sommes pas dupes, les temps sont difficiles et la décision de se joindre ou non à un projet gagnant dans l’histoire définit également le cours de la vie de chacun de nous. Peut-être espérerions-nous aussi que celui qui se livrerait à la coercition ou à la cooptation n’utiliserait pas son nom, sa renommée et son emblème pour appeler les autres à l’ignominie.

La rencontre de Montpellier ne peut être qu’un rendez-vous d’intellectuels organiques avec leur nouvelle référence : celle de penseurs qui cherchent à justifier l’ordre économique, parce qu’ils font appel à un impossible monde de paix. Et l’erreur de Sarkozy, de Hollande et de Macron c’est cet appel à la mission civilisatrice et de jouer au guide paternaliste pour une Europe vieille, amortie, bâillonnée et en crise. L’erreur, celle de nos intellectuels est d’accueillir une nouvelle tentative de légitimation coloniale. Il n’y a pas de paradis sur terre si la justice sur terre s’arrête à un récit. Si la proposition de Montpellier ne devient qu’une vente aux enchères de noirs en Europe, c’est parce qu’il n’est pas dans son intérêt de faire croître un mouvement social puissant qui permettrait le saut des intellectuels dans la barque de la désolation européenne.

Et peut-être devrions-nous seulement nous inquiéter de ne pas avoir dans nos rangs un autre Fanon, un autre Cheikh Anta Diop, un autre Césaire qui appellerait à décapiter l’Europe. Tout bien pesé peut-être avons-nous, en même temps, la chance que les intellectuels qui dialoguent amoureusement avec Montpellier n’aient aucun lien avec les véritables mouvements sociaux et ne soient que des voix de salon. Alors, Montpellier, ce chapitre honteux de l’histoire demeurera sûrement dans l’antichambre du passé et de la mémoire, comme une triste promesse d’apporter le paradis sur terre.

Notes

  1. Les passages lyriques sont extraits de « No tengo tiempo » de Rockdrigo González sur l’intellectuel et traduits de l’espagnol.
  2. Slavoj ŽIŽEK, « Coronavirus es un golpe al capitalismo al estilo de “Kill Bill” y podría conducir a la reinvención del comunismo », Russia Today, febrero, 2020.
  3. Byung-Chul HAN: « La emergencia viral y el mundo de mañana », El País, marzo, 2020.
  4. Giorgio AGAMBEN (dir.), Soupe de Wuhan, ASPO, 1er éd., mars 2020, [en ligne], http://iips.usac.edu.gt/wp-content/uploads/2020/03/Sopa-de-Wuhan-ASPO.pdf [Dernière consultation le 4 octobre 2021].
  5. Antonio GRAMSCI, La formación de los intelectuales, México, Editorial Grijalbo, 1967.
  6. Louis SALA-MOLINS, Dark Side of the Light. Slavery and the French Enlightenment, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2006.
  7. Alessandro STELLA & Bernard VINCENT dir., « Europa, mercado de esclavos », in L’Histoire, École des Hautes Études en Sciences Sociales, París 1996.
  8. Néologisme qui désigne un boycott par des militants, à savoir, boycott financier, digital, et/ou social contre des personnes, des organisations, des institutions, des produits culturels considérés comme politiquement incorrects.
  9. LÉON XIII, Rerum Novarum, 1891, [en ligne] https://www.vatican.va/content/leo-xiii/en/encyclicals/documents/hf_l-xiii_enc_15051891_rerum-novarum.html [Dernière consultation le 5 octobre 2021].
  10. PÍO XI, Quadragesimo Anno, 1931, [en ligne], https://www.vatican.va/content/pius-xi/en/encyclicals/documents/hf_p-xi_enc_19310515_quadragesimo-anno.html [Dernière consultation le 29 septembre 2021].
  11. Miguel Alfonso MARTÍNEZ-ECHEVARRIA, « La teoría económica en la Rerum novarum » in Anuario de Historia de la Iglesia, núm. 12, Universidad deNavarra, 2003, [en ligne], https://dadun.unav.edu/handle/10171/9314 [Dernière consultation le 27 septembre 2021].
  12. Emmanuel MACRON, entretien réalisé par Benjamin ROGER et Marwane BEN YAHMED « Emmanuel Macron: “Entre la France et l’Afrique, ce doit être une histoire d’amour” » Jeune Afrique, novembre 2020, [en ligne], https://www.jeuneafrique.com/1076943/politique/exclusif-emmanuel-macron-entre-la-france-et-lafrique-ce-doit-etre-une-histoire-damour/ [Dernière consultation le 2 octobre 2021].
  13. Ida B. WELLS, « Preface » in Southern Horrors: Lynch Law in All Its Phases, 1892, [en ligne], https://www.digitalhistory.uh.edu/disp_textbook.cfm?smtid=3&psid=3614 [Dernière consultation le 4 octobre 2021].
  14. Michel WIEVIORKA, entretien réalisé par Francis Mestries et Armando Cisneros, « Los problemas sociales de hoy » Sociológica, año 23, número 66, 2008, [en ligne], https://www.scielo.org.mx/pdf/soc/v23n66/v23n66a10.pdf [Dernière consultation le 4 pctobre 2021].
  15. Michel WIEVIORKA, entretien réalisé par Eduardo FEBRO, « Los ‘chalecos amarillos’ se desarrollaron en un desierto político », Tribuna global, NUSO Nº 280 / Marzo Abril 2019, [en ligne], https://nuso.org/articulo/los-chalecos-amarillos-se-desarrollaron-en-un-desierto-politico/ [Dernière consultation le 4 octobre 2021].
  16. Juan RODRIGUEZ-DRINCOURT ÁLVAREZ, Estado constitucional e imperio colonial: Un análisis histórico de Francia (1871-1931) con referencia comparada a Gran Bretaña, Tesis doctoral, Universidad Complutense de Madrid, 2015.
  17. Gustau NERÍN, Blanco bueno busca negro pobre, Barcelona, Roca Editorial, 2011.
  18. En référence au concept du capital symbolique, Pierre BOURDIEU, « Sobre el poder simbolico », in Intelectuales, política y poder, Alicia GUTIÉRREZ tr.,Buenos Aires, UBA/ Eudeba, 2000.
  19. Demetrio CASTRO, « Burke: La Revolución y los intelectuales », Universidad Complutense de Madrid, Working Paper n.74, Barcelona, 1993, [en ligne], https://core.ac.uk/download/pdf/13283352.pdf [Dernière consultation le 4 octobre 2021].
  20. Jean-Paul SARTRE, Plaidoyer pour les intellectuels, Paris, Gallimard, 2020.
  21. Michel FOUCAULT, Un diálogo sobre el poder y otras conversaciones, Madrid, Alianza Editorial, 2000.
  22. Zygmunt BAUMAN and Leonidas DINSKIS, Moral Blindness: The Loss of Sensitivity in Liquid Modernity, Cambridge, Polity Press, 2013.

Palmira Telésforo Cruz, “Politique et culture : notes sur le paradis promis sur terre”, dans K. Lamko, A. Niang, N.S. Sylla, L. Zevounou (dir.), De Brazzaville À Montpellier. Regards critiques sur le néocolonialisme français. Collectif pour le Renouveau Africain – CORA Éditions, Dakar, 2021, pp.34-49. Lien URL : https://corafrika.org/chapitres/politique-et-culture-notes-sur-le-paradis-promis-sur-terre/