La femme africaine sous le prisme de la rente impérialiste, le cas de la Tunisie

Mabrouka M’Barek

Mabrouka M’Barek, “La femme africaine sous le prisme de la rente impérialiste : le cas de la Tunisie”, dans K. Lamko, A. Niang, N.S. Sylla, L. Zevounou (dir.), De Brazzaville À Montpellier. Regards critiques sur le néocolonialisme français. Collectif pour le Renouveau Africain – CORA Éditions, Dakar, 2021, pp.160 à 178. Lien URL : https://corafrika.org/chapitres/la-femme-africaine-sous-le-prisme-de-la-rente-imperialiste-le-cas-de-la-tunisie/

L’immigration a toujours été au cœur du débat public en France et en Europe. Alors que les partis de droite identitaire y voient un fonds de commerce, la gauche française peine à articuler une position claire. En arrière-plan de ce débat, la classe capitaliste, silencieuse et complice, bénéficie de l’arrivée de migrants africains. Une main-d’œuvre bon marché car surveillée, malmenée et éjectable à tout moment est synonyme d’accumulation de capital ininterrompue. Le Président français Emmanuel Macron s’évertue à concilier sa base dans la droite identitaire qu’il ne veut point offusquer et les intérêts capitalistes dont il porte la bannière. D’où quelques concessions — comme le durcissement des visas pour les ressortissants des pays du Maghreb — qui perturbent à peine l’afflux de travailleurs migrants. La classe capitaliste ne peut donc que se réjouir de cette situation. Mais qui reproduit cette main-d’œuvre migrante et qui l’entretient ? Il s’agit, bien sûr, de la femme africaine. Seulement, son travail n’est ni reconnu ni rémunéré. La valeur de son travail en Afrique est extraite notamment par la classe capitaliste européenne.

Alors que cet échange inégal perdure depuis la période coloniale, le sommet Afrique-France à Montpellier vise justement à ne pas perturber ces échanges à coups de « soutien à l’entreprenariat ». La perspective du « soutien » réaffirme la posture impérialiste de la France qui contemple l’Afrique comme une périphérie où tout s’extrait. Le président Macron pourra soutenir le financement de projets inefficaces comme les plantations d’arbres d’espèce non indigène, où débloquer une petite enveloppe pour les start-up, mais il ne reconnaîtra jamais le besoin de la France en migrants clandestins, ni le maintien de ce régime de surexploitation de la main-d’œuvre africaine qui en est le déterminant. Il est préoccupant que les études sur les migrations entre l’Afrique et l’Europe ne tiennent compte ni de la logique d’accumulation du capital ni du travail non rémunéré de la femme africaine qui reproduit et entretient une main-d’œuvre exploitée par les pays du centre impérialiste. Les études actuelles se concentrent sur l’analyse des facteurs de répulsion et d’attraction dans les dynamiques migratoires sans toutefois mentionner comment ces travailleurs sont (re)produits en premier lieu, et comment ils ont été entretenus jusqu’au moment où ils deviennent des travailleurs migrants surexploités.

Ce chapitre porte sur le cas de la Tunisie. Il analyse les effets de l’exploitation des travailleuses agricoles tunisiennes sur leur ménage et, en même temps, établit un lien avec la migration des membres de leur ménage et les difficultés économiques qu’ils rencontrent. Il démontre en outre que la dépendance de la France vis-à-vis des migrants, pour maintenir les coûts bas de la main-d›œuvre et des produits de base, repose sur le triple fardeau des femmes africaines. Plus précisément, le secteur français de la construction dépend fortement des travailleurs migrants africains. Ce chapitre illustre cette relation avec le cas des travailleuses agricoles tunisiennes. Ces dernières sont exploitées à la ferme ; étant épuisées, elles manquent de temps pour s’occuper des travaux ménagers dont elles sont principalement responsables ; et en même temps, elles doivent participer à la reproduction d’une main-d’œuvre dont elles ne peuvent plus s’occuper et qui, dès lors, migre vers la France et l’Europe dans l’espérance de pouvoir subvenir aux besoins de leur ménage. Ainsi, les femmes africaines, essentielles au secteur agricole local autant qu’à la tenue de leur ménage, sont également essentielles au secteur agricole et au secteur de la construction en France et en Europe. Par conséquent, les ouvrières agricoles tunisiennes ont un triple fardeau : elles nourrissent leur pays et le monde ; elles fournissent la main-d’œuvre nécessaire à la France et à l’Europe ; et ainsi participent, malgré elles à l›industrie mondialisée de la reproduction et de l’entretien de la main-d’œuvre surexploitée par la France et l’Europe. Ce chapitre suggère que ce travail non rémunéré, qui contribue directement au système capitaliste français, doit être analysé sous le prisme de la rente impérialiste extraite par la France.

Une absence stupéfiante d’études sur le travail de reproduction sociale non rémunéré

Parmi les études sur la migration nord-africaine vers l’Europe1, pas une seule ne traite du processus de reproduction sociale des travailleurs migrants, celle-ci étant tenue pour acquise.2 Les théories de la dépendance3 ont attiré notre attention sur la manière dont les modèles d’accumulation dans les pays du centre entraînent l’extraction de valeur et un développement inégal dans la périphérie. Les économistes féministes ont, pour leur part, contribué à l’analyse du système mondial avec une approche centrée sur le rôle des femmes dans la reproduction du travail4. Dans le Sud global, Ali Kadri a notamment contribué à affiner le concept de rente impérialiste articulé par Samir Amin5. Le récent ouvrage de Intan Suwanti, Value Chain : The New Economic Imperialism, montre comment les travailleurs migrants sont devenus l’armée de réserve de main-d’œuvre flexible et jetable qui permet aux pays du Nord de maintenir des coûts de production bas. Bien que la littérature sur le capitalisme-impérialisme et la reproduction sociale6 de la main-d’œuvre s’étoffe de plus en plus, il est nécessaire d›échafauder la théorisation de l›exploitation du travail des femmes à la périphérie en relation avec les modèles de migration et d’accumulation au centre7. Telle est l’ambition de ce chapitre portant sur la situation des ouvrières agricoles tunisiennes.

Secteur agricole tunisien : des schémas d’accumulation soutenus malgré la crise économique

En Tunisie, les accidents mortels font de nombreuses victimes parmi les travailleuses agricoles chaque année.Les huit premiers mois de 2016 ont dénombré 113 blessés et 5 décès dus à des accidents de voiture subis par des travailleuses agricoles. En octobre 2017, un accident de la route dans le gouvernorat de Kairouan a fait 36 blessés.Un an plus tard, dans le même gouvernorat, 5 ouvriers agricoles ont été blessés. En avril 2019, un accident mortel à Sidi Bouzid a causé la mort de 12 ouvriers agricoles et 20 blessés. Il ne se passe pas une seule année sans qu’un accident de voiture ne fasse de nombreuses victimes parmi les travailleuses agricoles8. À chaque accident, toute la nation est émue et la classe politique exprime sa désolation et sa tristesse. Et pourtant, la situation demeure chronique. Chaque fois qu’une ouvrière agricole monte dans un camion, elle sait qu’elle encourt le risque de mourir ou d’être handicapée à vie. Les accidents de la route sont devenus le signal que le secteur agricole est en crise dans une économie morose. Le faible dynamisme de l’économie tunisienne est souvent décrit comme l’envers de la révolution.Celle-ci aurait eu un coût significatif en termes de croissance. La préoccupation de l’après-révolution est récemment passée de la priorité à l’instauration d’une démocratie à la relance d’une économie en crise. Ce constat est devenu un slogan. Même la Banque Mondiale s’y met. Elle affirme que « la Tunisie reste un pays de contrastes : alors que des progrès importants ont été réalisés dans la transition politique vers un système de gouvernance ouvert et démocratique, la transition économique n’a pas suivi le rythme9. »

L’étrangeté du contexte post-révolution est que le secteur agricole se porte plutôt bien en termes de croissance de la valeur ajoutée. Malgré le manque d’investissements publics, la part du secteur agricole dans le PIB s’est rapidement redressée après la sombre période qui a suivi la crise financière de 2008 et n’a cessé d’augmenter depuis la révolution de 2010-2011. D’après les statistiques de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, l’évolution de la production des principales cultures10 affiche une tendance générale croissante au cours des deux dernières décennies malgré une mécanisation limitée. Cette évolution résulte sans doute de l’augmentation des Investissements Directs Étrangers (IDE). Ils ont augmenté depuis 2014 et triplé entre 2017 et 2018. Ces investissements, notamment dans l’irrigation, suggèrent une volonté d’augmenter les rendements. Le secteur agricole représente 41,5 % de l’activité économique totale dans le nord-ouest et 36,2 % dans le centre-ouest. Il semble y avoir une contradiction entre la perception du secteur agricole et ses performances. Comment cette contradiction est-elle résolue ?

Augmentation de la plus-value sur le dos de l’invisibilité et de la précarité croissante des travailleuses agricoles

Selon le Bureau International du Travail (BIT), le pourcentage de travailleurs tunisiens dans le secteur agricole a régulièrement diminué, surtout dans le cas des femmes. Avant la révolution tunisienne de 2011, l’emploi agricole était majoritairement féminin. Après la révolution, cette tendance s’est inversée et les travailleurs masculins représentent désormais la majorité de l’emploi dans le secteur agricole. En 2019, les femmes dans le secteur agricole représentaient 9% de la main-d’œuvre féminine totale, soit environ 100 895 femmes, soit environ la moitié du nombre de travailleuses agricoles en 2010 (203 550). Ainsi, en dix ans, l’emploi des femmes dans l’agriculture aurait diminué de moitié. Nous savons que ces chiffres semblent être en contradiction avec la réalité, surtout avec l’augmentation de la production agricole au fil du temps. Comment la production peut-elle augmenter et la main-d’œuvre diminuer fortement, si la productivité du travail n’a pas connu d’évolution significative a priori ? Où sont ces travailleuses agricoles ? Notre hypothèse est que ces femmes travaillent toujours dans le secteur agricole mais de façon informelle. Elles ne sont tout simplement pas saisies par les statistiques officielles, en raison de la difficulté à capter le travail informel mais aussi par la situation de pluriactivité11 des femmes qui est mal mesurée12. En fait, il n’existe pas de statistiques officielles fiables sur le nombre de travailleuses agricoles. Comme ces dernières sont souvent employées sans contrat de travail, il est difficile de les identifier. L’absence de contrat signale une absence de protection juridique. Ainsi, elles sont souvent décrites comme des travailleuses saisonnières. Cependant, même s’il est vrai que leur travail est concentré sur les saisons de récolte, chaque période de récolte ayant un calendrier différent, ces femmes finissent par travailler pour chaque saison de récolte de manière discontinue. Ainsi, même si elles sont considérées comme des travailleuses saisonnières, elles travaillent toute l’année dans des conditions précaires. Plus important encore, elles sont classées comme travailleuses informelles dans les exploitations familiales.

Cependant, la majorité des enquêtes disponibles recueillies au cours des dix dernières années s’accordent sur le fait que la part de main-d’œuvre agricole des femmes en Tunisie est d’environ 70 %. Le ministère tunisien des Affaires Sociales recense 93 500 travailleuses inscrites et bénéficiant de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS)13, et environ 377 000 femmes qui ne bénéficient pas de la CNSS. Ces chiffres, s’ils étaient exacts, ne sont pas similaires aux chiffres du BIT. Ce qui corrobore la remarque faite précédemment sur le manque de statistiques officielles fiables. Il y a trois autres observations importantes. Premièrement, le nombre total de travailleuses agricoles est une estimation approximative. Ce nombre, qui représenterait environ 5 % de la population totale, est probablement sous-estimé étant donné que les femmes qui vivaient de l’artisanat devaient compenser leur perte de revenus en vendant leur travail aux exploitations agricoles. Cette situation s’est aggravée avec la covid-19. Deuxièmement, au lieu d’appliquer un cadre juridique contractuel, le gouvernement tunisien reproche aux travailleuses de ne pas comprendre leurs droits. Une initiative récente de mise en place d’un système par une application smartphone14 n’a pas pris en compte le fait que toutes les femmes ne sont pas alphabétisées et n’ont pas accès à ces technologies.

Le transfert de la responsabilité sur les travailleurs explique pourquoi environ 80 % d’entre elles ne reçoivent pas de prestations de sécurité sociale. Troisièmement, il est important de souligner que même si ces femmes sont couvertes, les prestations sociales tunisiennes ne sont pas financièrement optimales. Pour le secteur agricole, il existe deux régimes : salarié et non salarié. Les salariés sont des personnes travaillant au moins 45 jours pour le même employeur au cours d’un trimestre d’année civile. Comme nous le verrons plus loin, les travailleuses agricoles travaillent chaque jour dans différentes exploitations. Cette hyper flexibilité est synonyme de surexploitation. Par conséquent, les travailleuses agricoles pourraient bénéficier du régime non salarié. Selon le ministère tunisien des Affaires sociales, les cotisations sociales de l’employé du régime salarié représentent 14,71 % de son salaire mensuel alors qu’un salarié ne contribue qu’à hauteur de 7 %. Étant donné que les cotisations sociales sont non seulement onéreuses pour les travailleurs agricoles, les travailleuses agricoles ne sont pas incitées à bénéficier d’une couverture sociale15. Les soins de santé universels pour les travailleurs les plus vulnérables sont essentiels non seulement pour garantir les droits humains fondamentaux, mais encore ils augmentent leur pouvoir de négociation collective.

Ces différentes observations nous disent que les travailleuses tunisiennes ne sont pas comptabilisées. Elles sont invisibles, comme l’a souligné Devaki Jain dans son ouvrage phare Women, Development and the UN : A Sixty Year Quest for Equality and Justice. Cette étude montre que beaucoup de femmes travaillant dans l’agriculture ne sont pas reconnues. Jain postule qu’une grande partie du travail de la société reste « invisible » et les personnes qui l’exécutent n’obtiennent pas de récompense économique ou une reconnaissance sociale appropriée. Cette invisibilité en Tunisie est révélatrice des « coûts cachés » de la performance du secteur agricole. Non seulement les femmes sont invisibles, mais elles ne sont pas prises en compte par les institutions étatiques. En fait, même dans la société, ces femmes sont très souvent décrites comme des ouvrières agricoles et non comme des agricultrices. Le constat est le même aux États-Unis pour la communauté noire. En entreprenant des recherches sur les communs en Alabama, Mississippi et Detroit, Michigan, les agriculteurs noirs ont exprimé à quel point ils souffraient de ce manque de considération pour leur profession16. C’est pour lutter contre ce stéréotype que l’agricultrice et militante noire Leah Penniman, a écrit Farming While Black : Soul Fire Farm’s Practical Guide to Liberation on the Land17.

Le seul moment où ces femmes sont visibles, c’est lorsque des accidents horribles se produisent car personne ne peut cacher leur sang. Pourtant, si elles ne travaillaient pas, le secteur agricole s’effondrerait. Avec une telle prémisse pour un puissant marché collectif, qu’est-ce qui empêche les agricultrices de s’émanciper à part leur invisibilité ? Nous supposons qu’elles n’ont ni le temps ni les ressources pour se battre, et il n’existe que peu d’opportunités pour elles de vendre leur force de travail pour un salaire digne.

Le dur labeur des femmes

Selon une enquête auprès de 996 travailleuses agricoles de la région de Sidi Bouzid, la deuxième région en termes de production agricole, seules 5,6 % déclarent avoir un emploi stable. La principale cause d’instabilité est l’absence de contrat et la diversité des tâches exécutées. Les femmes interrogées ont déclaré qu’elles travaillaient pour subvenir aux besoins de leur famille. 3,4 % des répondantes ont déclaré avoir été suspendues de leur travail arbitrairement sans explication et sans salaire. 83,4 % travaillent 8 heures ou plus par jour. Les répondantes ont signalé des cas où les heures supplémentaires de travail à la ferme n’étaient pas payées. Le salaire minimum garanti aux agriculteurs est de 13 dinars par jour ($5). 978 des 996 répondants ont déclaré être payés moins que le SMIC, soit 98 % de l’échantillon. Seules 20 femmes sur 978 qui ont répondu à la question ont déclaré être couvertes par la sécurité sociale nationale ; ce qui ne représente que 2 %. Selon l’enquête, 64 % étaient prêtes à accomplir une tâche dangereuse, risquée pour leur santé. Neuf femmes ont déclaré avoir reçu des vêtements spéciaux, tandis qu’une seulement sur 996 a déclaré avoir reçu des outils du propriétaire de la ferme. Seulement 3 % ont dit avoir bénéficié d’un congé de maternité. Habituellement, elles ne sont pas embauchées si elles sont enceintes. 237 personnes interrogées ont signalé des violences verbales ou physiques ou du harcèlement sexuel.

Évaluation du temps payé et non payé

Les travailleuses agricoles doivent se lever à l’aube et attendre qu’un intermédiaire vienne les chercher. Elles n’ont aucune idée de la ferme où elles sont censées travailler puisqu’elles ne vendent pas leur force de travail à l’exploitant agricole mais à des intermédiaires. Ce sont les intermédiaires qui connaissent les agriculteurs et leurs besoins et prennent la décision de les affecter à des exploitations données. Des rapports et enquêtes indiquent que les temps d’attente jusqu’au moment où l’intermédiaire transporte les travailleuses agricoles sont souvent très longs, c’est aussi le cas des trajets depuis le point de ramassage jusqu’à la ferme. Malgré le manque de données statistiques, il est raisonnable de croire que les travailleuses agricoles qui sont transportées d’une région à une autre, pourraient être assimilées à des migrantes internes ou semi-migrantes. À titre indicatif, il faut 4 heures pour aller du centre de Tunis à la capitale du Nord.

D’après les enquêtes disponibles18, après une journée de travail, les femmes passent moins de 10 heures à la maison, temps de sommeil compris. Selon ces enquêtes, les femmes tunisiennes consacrent quatre fois plus de temps aux soins et travaux ménagers que les hommes. Cela signifie que les femmes tunisiennes, comme les autres femmes des pays du Sud, ont un double fardeau. Non seulement les intermédiaires ne sont pas sensibles au temps d’attente des femmes, mais les agriculteurs créent également des conditions pour un temps de travail maximal. Par exemple, certaines fermes n’ont pas de toilettes sur place19. Si une travailleuse est blessée, elle ne reçoit pas d’assistance et se résigne souvent à continuer à travailler car elle dépend du moyen de transport de l’intermédiaire. Les dramatiques accidents de voiture décrits plus haut sont le résultat de cette exploitation extrême du temps des femmes. Plus rapidement la camionnette transportant les travailleurs atteint les fermes, plus les agriculteurs disposent de temps de travail. Les salaires étant fixés quotidiennement par des intermédiaires, les travailleuses agricoles ne gagnent rien à arriver tôt et à partir tard. Leur horloge quotidienne est réglée de manière complètement arbitraire et contrôlée par des intermédiaires. Le fait que ces femmes travaillent dans des endroits éloignés les met à la totale merci des intermédiaires. Comme nous l’avons expliqué plus haut, les travailleuses agricoles sont invisibles.

Pour remédier à ce problème, le gouvernement a mis en place des transports publics en bus. Les femmes interrogées ont rejeté cette solution. Comme elles le soulignent à juste titre, il ne s’agit pas seulement d’une question de transport, mais d’un service rempli par des intermédiaires qui associent fermes et ouvriers20. Ces femmes ne peuvent pas entrer en négociation directe avec les agriculteurs car elles vivent éloignées, ne connaissent pas toutes les exploitations et leurs besoins, et n’ont pas de moyens de transport propres à elles. Surtout, elles ne possèdent pas des moyens de production et de reproduction. Les bus publics ne peuvent pas remplacer les rôles d’intermédiaires ; ce qui explique pourquoi cette solution a été de courte durée. Cet échec politique indique que le gouvernement n’est pas disposé à s’engager dans des changements systémiques. La solution proposée visait plutôt à réduire les accidents de la route ou, en d’autres termes, à mieux masquer la surexploitation de travailleuses agricoles tragiquement rendues visibles par les accidents de la route. En conséquence, les modèles d’accumulation ne sont pas bousculés.

Ici, la construction genrée spécifique sous-jacente du transport est assez importante, car les femmes sont censées être ramenées à la maison pour effectuer des tâches ménagères ; d’où les trajets longs et dangereux vers et depuis des fermes lointaines. Les hommes, quant à eux, migrent vers les lieux de travail dans les zones côtières et les villes dans le secteur de la construction, ou dans les zones de pêche mais ils restent dans ces lieux sans avoir à faire la navette. Les pêcheurs peuvent travailler en mer pendant des semaines avant de revenir. Par conséquent, en Tunisie, comme c’est le cas dans d’autres pays, les déplacements des femmes en groupe sont indirectement liés à l’honneur et à la sécurité du genre, car les hommes peuvent librement migrer pour travailler et rester loin de chez eux tandis que les femmes doivent rester à la maison où leurs activités de reproduction sociale peuvent ainsi continuer. Essentiellement, le traitement des travailleuses agricoles montre ce qui semble être une contradiction inconciliable, car le travail domestique des femmes est indirectement considéré comme essentiel, mais en même temps, son temps est rendu moins précieux et moins important que celui des hommes.

Un autre aspect important à considérer est la pauvreté en temps21 et son impact sur le temps de reproduction sociale non rémunéré. Alors que la classe capitaliste tire le maximum de temps sans compenser par des salaires plus élevés, les travailleuses agricoles ne sont pas seulement exploitées dans un travail à forte intensité de temps, sur lequel elles n’ont aucun contrôle, mais elles sont également obligées de donner du temps pour des temps d’attente et de trajet improductifs. Cela a un impact considérable sur le nombre d’heures restantes pour elles-mêmes et pour le soin à apporter à leurs familles ; ce qui est un travail non rémunéré. La seule enquête nationale de l’INS22 sur la distribution des budgets-temps selon le type d’activité (professionnelle, domestique) et selon les genres, date de 2005-2006. Elle révèle une tendance qui ne s’est pas estompée : les femmes consacrent huit fois plus d’heures que les hommes aux travaux ménagers non rémunérés.

Écarts salariaux entre les genres

Les travailleuses agricoles sont récupérées en groupe chaque jour. Elles ne savent pas sur quelle ferme elles travailleront ni avec quelles collègues. Tout dépend des intermédiaires. En raison de la forte dépendance vis-à-vis des services des intermédiaires, il n’y a pas de véritable aubaine. Les salaires sont déjà fixés et si une agricultrice refuse, elle ne travaillera pas. Les salaires varient entre 10 et 12 dinars par jour pour les femmes, soit entre $3 et $5 et le taux est doublé pour les hommes (25 à 30 dinars)23. De même, une journée de récolte des olives dans le gouvernorat de Sfax est de 12 dinars pour les femmes et de 25 à 30 dinars pour les hommes. Elles peuvent gagner jusqu’à 20 dinars parfois mais à ceci il faut ajouter les frais de l’intermédiaire qui peut demander de 5 à 7 dinars24. Les ouvrières sont généralement embauchées en groupe. La récolte journalière moyenne pour un groupe de 4 à 5 ouvrières est d’environ six sacs d’olives. Chaque sachet est vendu entre 150 et 200 dinars. Cela signifie qu’un sac d’olives paie 3 jours de salaire des travailleuses. La plus-value est d’environ 4 à 5 sacs par jour ! Même si les salaires journaliers ont augmenté, ils sont encore très bas. De plus, les intermédiaires prélèvent une commission de transport qui peut atteindre 2 dinars en aller simple. Ces frais de transport peuvent représenter un tiers du salaire journalier !

L’opinion publique brosse un tableau simpliste de la situation en Tunisie. Les jeunes hommes sont souvent stigmatisés, décrits comme des paresseux qui passent leur temps dans les cafés pendant que leurs mères se cassent le dos au travail dans les champs. La situation est beaucoup plus complexe. Tout d’abord, comme nous venons de le voir, il existe un énorme écart salarial entre les femmes et les hommes. Du point de vue du capitaliste, puisqu’il n’y a pas de pénurie de travailleuses, il n’y a donc aucune raison de payer plus pour un homme. D’un autre côté, il faut faire une distinction entre les jeunes hommes selon le niveau de qualification. En effet, la plupart d’entre eux sont diplômés. Selon une enquête publiée en 2018 sur la situation des jeunes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, 35 % des jeunes tunisiens accepteraient un emploi en dessous de leur qualification, et 57 % accepteraient de travailler en zone rurale.

Le nouveau phénomène migratoire

Il y a toujours eu un flux de migrants, formels et informels, vers l’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. La migration informelle était généralement entreprise par des hommes urbains instruits et issus de la classe moyenne. La migration à l’étranger a augmenté de 58,3 % en 2014 contre 38,6 % avant la révolution (2011) selon l’enquête sur le marché du travail tunisien (TLMPS) de 2014. Un rapport récent de la FTDES a indiqué une augmentation de la migration non-réglementaire tunisienne depuis la pandémie de covid-19. Cependant, les caractéristiques sociodémographiques des migrants ont récemment évolué, avec un nombre croissant d’hommes issus des classes moins aisées en provenance des zones rurales. Un groupe de discussion de 2016 avec 1168 participants a constaté que la migration est désormais soutenue et même encouragée par les ménages. Le faible développement du secteur agricole entraîne des migrations vers la côte et à l’étranger25. Une comparaison entre des ménages avec migrants internationaux et les ménages sans migrants sur un échantillon de familles vivants dans à Ain Draham (gouvernorat de Jendouba au nord), Makhtar (gouvernorat de Siliana au centre) et Beni Kadech (gouvernorat de Médenine au sud), a révélé que la principale activité des ménages avec migrants internationaux est la production agricole et l’élevage26, ce qui est une nouvelle caractéristique observable chez les migrants partis après la révolution ; soit la confirmation que le secteur agricole devient un facteur de répulsion (push factor). Les données montrent notamment pour la région de Médenine, qu’une famille, avec un membre récent qui a migré internationalement et dont l’activité principale du ménage est l’agriculture, n’a ni acheté ni vendu d’animal au cours des cinq dernières années27 ; un indicateur de difficultés socio-économiques. Ceux qui émigrent à l’étranger sont plus jeunes que ceux qui migrent à l’intérieur. Le principal facteur qui pousse vers la migration est la réduction des revenus des activités agricoles.

Les résultats des groupes de discussion suggèrent que le chef de famille mâle migre vers l’intérieur (principalement dans le secteur de la construction), plus loin de sa région d’origine, vers les grands centres urbains comme la capitale, laissant son fils derrière lui. Finalement, le fils suit le père dans la migration interne ou migre vers l’international. Les participantes aux groupes de discussions ont déclaré occuper des emplois saisonniers quotidiens dans le secteur agricole, faisant d’elles des migrantes de courte durée dans des zones situées à courte distance. Les participantes ont toutes signalé leur transport précaire par des intermédiaires. Les caractéristiques des ménages et la différence de genre dans les schémas de migration permettent d’établir un lien important entre les schémas de migration internationale et la situation socioéconomique précaire des travailleuses agricoles vivant seules dans un ménage où les pères sont les plus susceptibles d’avoir migré vers l’intérieur du pays, tandis que leurs enfants sont plus susceptibles de migrer vers la France et l’Italie. Les enquêtes citées dans ce chapitre suggèrent que tout ménage doit être mobile pour joindre les deux bouts. Il y a un renouvellement de la main-d’œuvre migrante avec des femmes semi-migrantes sur de courtes distances prenant des travaux agricoles et des travaux ménagers, tandis que les travailleurs migrants dans le secteur de la construction dans les centres urbains seront éventuellement remplacés par leurs fils. Cette reproduction de la force de travail est permise par les femmes. Plus important encore, les travailleuses agricoles reproduisent la main-d’œuvre migrante vers l’Europe. Parce que les travailleuses agricoles sont exploitées et manquent de temps, la qualité des soins et des activités ménagères tend à diminuer ; ce qui à son tour a un impact sur elles et leurs familles. Parallèlement à la paupérisation croissante de la femme tunisienne et la dissolution de sa famille, on note une migration des pays de l’ouest et sud de l’Afrique vers l’Afrique du Nord. C’est ainsi tout un ruissellement migratoire vers le nord où la plus-value du travail et des activités de reproduction sociale sont captées par les « centres » hégémoniques. L’accent sur l’importance cruciale de la reproduction sociale permet de conclure que les femmes tunisiennes — et africaines — participent à la mondialisation de l’industrie des soins en reproduisant les travailleurs issus de la périphérie dont les pays du « centre » ont besoin. Une question demeure : que gagnent les pays du « centre » impérialiste comme la France ?

Main-d’œuvre bon marché et produits bon marché dans le « centre » impérial

Les principaux pays européens ont le pouvoir politique de décider d’ouvrir et de fermer les vannes de la migration. En raison de la crise de la covid-19, l’Italie vient d’annoncer qu’elle autoriserait 18 000 travailleurs migrants, c’est-à-dire qu’elle offrirait des visas de courte durée. Mais cela ne changerait rien au fait que des milliers travaillent toujours dans l’invisibilité totale, sans reconnaissance ni salaire digne.

L’appareil de police des frontières et la surveillance sur les côtes, laissent passer les migrants, mais ils sont souvent l’objet d’exactions. Ils sont systématiquement harcelés et arbitrairement expulsés afin de réduire leur pouvoir collectif de négociation28. Il n’existe aucune statistique officielle sur le nombre de migrants en France. Les quelques données citées dans des articles de journaux ne sont plus disponibles sur le site internet du ministère de l’Intérieur. Cependant, l’estimation de 400,000 migrants irréguliers en France en 2017 semble être la base retenue29. Aujourd’hui, 80 % des saisonniers agricoles français sont d’origine étrangère30. Les données de recensement de l’INSEE comptabilisent les migrants clandestins sans les différencier des immigrés. Ainsi l’INSEE rapporte qu’en 2020 47,5 % des immigrés (clandestins ou non) sont nés en Afrique. Les migrants en France sont trois fois plus nombreux à travailler dans le secteur de la construction que dans le secteur agricole selon l’OCDE. La migration en provenance des pays du Sud est souvent décrite sous le registre de la crise. C’est oublier que les migrants y réalisent une part importante du travail agricole. Ils constituent par ailleurs une force de travail importante dans le secteur français du bâtiment. Dans un rapport du Sénat de 2004, la délégation interministérielle à la lutte contre le travail illégal (DILTI) montre que 39 % des infractions d’emploi de migrants non régularisés viennent du secteur du bâtiment. Ce rapport conclut que les dysfonctionnements économiques et sociaux sont causés par l’immigration clandestine, alors qu’il n’y a aucune mention de l’augmentation de la plus-value captée par la classe capitaliste du secteur du bâtiment.

L’Aide Médicale de l’État (AME), instaurée depuis 2000, vise à couvrir les frais médicaux des migrants non régularisés qui peuvent justifier de ressources. Cela dit 70 % du budget de l’AME concerne des frais d’urgence, seulement 30 % est alloué à une aide dite « humanitaire ». Il faut comprendre par-là que le migrant qui se blesse sur un chantier de construction ne rapporte plus de plus-value pour le capitaliste. Le budget de l’AME est souvent décrit comme une aide aux migrants mais en essence ce budget est une subvention de l’argent public accordée à la classe capitaliste française qui continue de profiter de cette main-d’œuvre bon marché sans payer des cotisations à l’État. Les droites identitaires prennent pour cible le budget de l’AME et les migrants sans comprendre que tout cet apparat d’État vise à subventionner et faire perdurer l’accumulation du capital.

Au sein de l’Union européenne, le nombre de migrants employés dans le secteur agricole est passé de 4,3 % à 6,5 %entre 2011 et 2017, les augmentations les plus significatives étant observées au Danemark (une augmentation de 10 à 20 %), en Espagne (de 20 à 25 %) et en Italie (de 15 à 20 %)31. À partir des données de l’INSEE, nous avons pu calculer l’évolution des coûts dans le secteur de la construction en France. Le calcul montre un coût en baisse en 2015 (-0.59 %)32 et une légère augmentation annuelle jusqu’en 2018, à l’exception de 2020 avec la crise pandémique, année où les flux migratoires ont été perturbés. Cette analyse suggère que le secteur français de la construction profite de coûts bas grâce à une main-d’œuvre à faible coût fournie par les migrants africains. Le gouvernement français fait mine de traiter les migrants comme une crise qui se règle par la limitation de l’immigration. Le gouvernement de Macron dissimule le fait que ces migrants sans papiers sont absolument cruciaux pour l’accumulation de la classe capitaliste et pour la stabilisation des prix. Les migrations temporaires via l’obtention d’un visa qui ne visent pas à faire travailler dans les secteurs de la construction et agricole, sont celles que le gouvernement Macron peut sacrifier pour faire des concessions aux tendances politiques anti-immigration.

Conclusion

Pour remédier à la situation précaire des travailleuses agricoles, le gouvernement tunisien et les agences de développement ont mis en place des programmes ciblés de formation artisanale et de microcrédit. Cependant, ces programmes ne représentent pas un changement systémique et n’offrent qu’un répit temporaire à quelques femmes sélectionnées. En fin de compte, ces programmes d’autonomisation des femmes ne perturbent pas les schémas d’accumulation capitalistes. Les études sur les migrations entre l’Afrique et l’Europe ne tiennent pas compte de la reproduction sociale et des soins non rémunérés. Ces études se concentrent sur l’analyse des facteurs de répulsion et d’attraction derrière les flux de migrants mais omettent de mentionner comment la main-d’œuvre surexploitée en Europe est reproduite et entretenue. L’absence de prise en compte du triple fardeau des femmes est stupéfiante et doit être abordée dans les recherches futures. Les récents changements observés dans les dynamiques migratoires en Tunisie suggèrent une corrélation entre la situation précaire des travailleuses agricoles et la probabilité d’avoir un enfant qui devient un migrant. Des entretiens récents menés pendant la crise de la covid ont révélé que les Tunisiens migrent dès l’âge de 13 ans. Bien que ce chapitre soit limité par le manque d’accès à l’enquête par panel sur le marché du travail et la migration en Tunisie, réalisée en 2014, il est peu probable que celle-ci ait pu observer ce phénomène récent, comme le confirment les études secondaires. De plus, les enquêtes disponibles ne nous renseignent pas sur la situation socio-économique des femmes migrantes au sein des ménages et sur l›évolution de la pauvreté temporelle. Des analyses statistiques plus poussées fourniraient certainement des informations inestimables.

À la lumière de ces relations entre classe capitaliste française, migration et surexploitation des femmes en Tunisie, ce chapitre est une invitation aux chercheurs et activistes de situer la captation de la plus-value du travail de reproduction sociale sous le prisme de l’accumulation capitaliste et de la rente impérialiste. Ce qui est suggéré, est un changement d’engagement dialectique avec le phénomène de la migration. Il est grand temps d’étendre l’analyse des facteurs de répulsion et d’attraction dans les dynamiques migratoires avec une analyse des classes sociales tout en accordant une attention particulière à la dimension raciale. Plus particulièrement, il faudrait plus de travaux de recherche pour saisir l’intérêt de classe des capitalistes dans le centraliste impérialiste, et comment la surexploitation des migrants leur permet de maintenir bas le coût de la main-d’œuvre dans certains secteurs autant que le coût des produits de base ; une configuration qui dépend pour une part non-négligeable des femmes africaines et, plus généralement, celles du sud global.

L’économiste Samir Amin avait étendu la théorie de la valeur de Marx afin de lui conférer une dimension globale. D’après Amin, le superprofit tiré par la surexploitation de la main-d’œuvre en périphérie devient non pas une rente monopolistique mais bien une rente impérialiste. La rente impérialiste est un des déterminants principaux du maintien des relations d’échanges non équitables et du développement inégal en Afrique. Les panels prévus au sommet de Montpellier ne daigneront probablement pas remettre en cause la rente impérialiste que la France prélève sur l’Afrique. Pourtant, la rente impérialiste est un concept important qui permet une dialectique libératrice. Ainsi, sous ce nouveau prisme, on peut comprendre comment les ouvrières agricoles tunisiennes sont exploitées à la ferme agricole ; étant épuisées, elles manquent de temps pour s’occuper de leur ménage dont elles assurent la reproduction, y compris celle de la main-d’œuvre qui migre vers la France et l’Europe. Elles participent ainsi, malgré elles, à l’industrie mondialisée de l’entretien de la main-d’œuvre exploitée par le centre impérialiste. À travers cette étude de cas, ce chapitre espère ouvrir des pistes de recherche permettant de mieux comprendre l’exploitation de la femme africaine sous le prisme de l’extraction de la rente impérialiste.

Notes

  1. Carolina Viviana ZUCCOTTI et al, Rural Migration in Tunisia: Drivers and Patterns of Rural Youth Migration and Its Impact on Food Security and Rural Livelihoods in Tunisia, Food and Agriculture Organization of the United Nations, 2018.
  2. Lise VOGEL Marxism and the Oppression of Women, Chicago, Haymarket Books, 1993 ; Nancy FOLBRE, « Exploitation Comes Home : A Critique of theMarxian Theory of Family Labour », Cambridge Journal of Economics 6, no 4, 1982, p. 317-329 ; Nancy FOLBRE, « The Political Economy of HumanCapital », Review of Radical Political Economics 44, no 3, September 2012, p. 281-292; Jayati GHOSH, « Women, Labor, and Capital Accumulation in Asia », Monthly Review 63, no 8, January 2012 ; Tithi BHATTACHARYA (dir.), Social Reproduction Theory : Remapping Class, Recentering Oppression, London, Pluto Press, 2017.
  3. Samir AMIN L’accumulation dépendante, Sociétés précapitalistes et capitalisme, Eddy TRÈVES (trad.), Paris, Éditions Anthropos, 1978 ; Immanuel Maurice WALLERSTEIN, World-Systems Analysis : An Introduction, Durham, Duke University Press, 2004.
  4. Catherine SCOTT, « The Gender of Dependency Theory: Women as Workers, from Neocolonialism in West Africa to the Implosion of Contemporary Capitalism », Review of African Political Economy 48, no 167, January 2021, p. 66–81.
  5. Ali KADRI, The Unmaking of Arab Socialism: Anthem Frontiers of Global Political Economy, New York, Anthem Press, 2016; Ali KADRI, A Theory of ForcedLabour Migration: The Proletarianisation of the West Bank Under Occupation (1967-1992), Singapore, Springer Singapore, 2020.
  6. Dans ce chapitre j’utilise la notion de « reproduction sociale » telle qu’elle est définie par les économistes et marxistes féministes ; une interprétation qui diffère de celle de Pierre Bourdieu. Ici, la reproduction sociale, qui s’appuie sur une étude de classes sociales, renvoie au travail très souvent non rémunéré, supporté principalement par le rôle traditionnel de la femme qui met au monde et entretient le futur travailleur. Voir VOGEL (1993), BHATTACHARYA (2017) etSCOTT (2021).
  7. Voir Olasunbo ODEBODE et Irene VAN STAVERN (2014) pour une nouvelle analyse du ménage et du genre.
  8. Thierry BRÉSILLON, « Les ouvrières agricoles, ces sacrifiées du modèle agricole tunisien », Middle East Eye, mai 2019, [en ligne], https://www.middleeasteye.net/fr/reportages/ouvrieres-agricoles-les-sacrifiees-du-modele-agricole-tunisiens [Dernière consultation le 2 mai 2021].
  9. The World Bank in Tunisia, Overview, [en ligne], https://www.worldbank.org/en/country/tunisia/overview [Dernière consultation le 2 septembre 2021].
  10. Les principales cultures tunisiennes sont les céréales (blé et orge), les fruits et légumes et l’huile d’olive. La récolte totale d’olives est transformée en huile et est entièrement exportée, de même que les dattes. Les céréales sont principalement pour l’exportation, bien que la Tunisie importe du blé tendre.
  11. Habib AYEB et Ray BUSH, Food Insecurity and Revolution in the Middle East and North Africa, New York, Anthem Press, 2019, notamment sur la pluri-activité p. 114-115.
  12. Ibid. et Jacques CHARMES « Pluri-activités des salariés et pluri-activités des agriculteurs : deux exemples de mesure et d’estimation : Italie et Burkina Faso » in Solange MONTAGNÉ-VILLETTE (dir.), Espaces et travail clandestin, Paris, Masson, 1991.
  13. La CNSS gère les allocations familiales, les assurances sociales, ainsi que les régimes de pensions de vieillesse et d’invalidité.
  14. Hilmi HAMMAMI, « Ahmini, An Application to Protect Tunisian Women Farm Workers », The Arab Weekly, mai 2021, [en ligne], https://thearabweekly.com/ahmini-application-protect-tunisian-women-farm-workers [Dernière consultation le 2 septembre 2021].
  15. Reportage de Monia BEN HAMIDA pour Inkyfada (2019).
  16. Mabrouka M’BAREK et al (dir.), Cities of Dignity: Urban Transformation Around the World, Brussels, Rosa Luxemburg Stiftung, 2020.
  17. Leah PENNIMAN, While Black: Soul Fire Farm’s Practical Guide to Liberation on the Land, White River Junction, Chelsea Green Publishing, 2018.
  18. Observatoire Asma Fanni pour l’égalité des chances et la citoyenneté des femmes en Tunisie, « Enquête Sur Les Conditions de Travail Des Femmes En Milieu Rural En Tunisie », 2020, [en ligne], https://docs.euromedwomen.foundation/files/ermwf-documents/7844_4.104.enqu%C3%AAtesurlesconditionsdetravaildesfemmesenmilieurural-tunisie.pdf [Dernière consultation le 2 septembre 2021].
  19. Fatma Kairouan ZAGHAOUANI, « Ces battantes infatigables », La Presse de Tunisie, 13 mai 2019, [en ligne], https://lapresse.tn/7396/kairouan-ces-battantes-infatigables/ [Dernière consultation le 2 septembre 2021].
  20. Ben HAMIDA (2019).
  21. La pauvreté en temps (time poverty) se définit comme le manque de temps disponible suite à la répartition du temps dans les activités économiques et les activités du ménage.
  22. Institution Nationale des Statistiques de Tunisie, Rapport National Genre 2015, [en ligne], https://www.onu-tn.org/uploads/documents/14682375770.pdf [Dernière consultation le 2 septembre 2021].
  23. JEDDI et MALOUCHE (2015) confirment que les femmes tunisiennes gagnent 16% moins de salaire que les hommes. Voir Hela JEDDI, et Dhafer MALOUCHE, Wage Gap between Men and Women in Tunisia, 6 novembre 2015.
  24. Arab Reform Initiative, Female Agricultural Workers: At the Heart of Food Security While Deprived of Basic Rights, 17 mars 2021.
  25. Mongi BOUGHZALA et Tlili HAMDI, Promoting Inclusive Growth in Arab Countries Rural and Regional Development and Inequality in Tunisia, 2014, [en ligne], https://www.brookings.edu/wp-content/uploads/2016/06/Arab-EconPaper5Boughzala-v3.pdf [Dernière consultation le 2 septembre 2021].
  26. Carolina Viviana ZUCCOTTI et al, op. cit.
  27. ibid.
  28. Susan FERGUSON et David McNALLY, « Precarious Migrants: Gender, Race and the Social Reproduction of a Global Working Class », Socialist Register, Vol. 51, 2015.
  29. Phillip CONNOR et Jeffrey S. PASSEL, « Europe’s Unauthorized Immigrant Population Peaks in 2016, Then Levels Off », Pew Research Center, 13 novembre 2019, [en ligne], https://www.pewresearch.org/global/2019/11/13/europes-unauthorized-immigrant-popula tion-peaks-in-2016-then-levels-off/ [Dernière consultation le 3 septembre 2021].
  30. Voir Anne-Laure CHOUIN, « La Covid-19 révèle la dépendance de l’agriculture à la main d’œuvre étrangère », France Culture, 31 mars 2020, Chouin cite les chiffres 2016 de l’Office français de l’immigration.
  31. Fabrizio NATALE, Sona KALANTARYAN, Marco SCIPIONI, Alfredo ALESSANDRINI, Arianna PASA, Migration in EU Rural Areas, EUR 29779 EN, Luxembourg, Publications Office of the European Union, 2019, [en ligne], https://publications.jrc.ec.europa.eu/repository/handle/ JRC116919 [Dernière consultation le 2 septembre 2021].
  32. Évaluation nette en prenant en compte le taux d’inflation.

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